« Pour être libre il faut être craint » Emmanuel Macron annonce un renforcement des capacités nucléaires
Lors d’une visite sur la base opérationnelle de l’île Longue (Finistère), le Président de la République a longuement développé un nouvel horizon pour le nucléaire militaire français et européen. Une allocution très attendue dans le contexte géopolitique actuel.
Seul sur son estrade blanche, tournant le dos au bassin accueillant l’imposant sous-marin Le Téméraire, entouré des ternes parois d’un hangar et face à un auditoire trié sur le volet du gratin militaire, Emmanuel Macron a pris le temps, pendant près de 45 minutes, d’expliquer le tournant que prend le dispositif dissuasif français. C’est à l’île Longue, à l’endroit où sont stationnés les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), que le chef de l’État aborde l’épineuse question atomique, sur fond de guerre en Iran.
Une puissance jugée nécessaire dans un monde dangereux
Emmanuel Macron part d’un constat simple et indéniable : « Nous ne pouvons plus considérer les menaces comme de manière isolée ». La Russie, l’Iran, la Chine, la Corée du Nord, autant de potentielles menaces nucléaires et autant d’États autoritaires qui interagissent voire se soutiennent d’après le président. Autre acteur incontournable, les États-Unis. Interventionniste et parfois agressif envers l’Europe, le président de la République s’est abstenu de toute critique envers l’administration Trump et a désamorcé toutes tensions en affirmant que la puissance américaine doit garder « un rôle clef dans la défense de l’Europe ». Mais malgré la volonté de ne pas froisser l’allié américain, il semble clair pour Emmanuel Macron que le destin nucléaire européen se trouve autre part.

« Un discours de puissance au service de la paix »
Peu cités, les États-Unis planent comme un spectre sur l’ensemble de cette allocution. En effet, tout le propos du chef de l’État tourne autour de la volonté d’indépendance de la France et de l’Europe dans ses capacités dissuasives. Dans cette optique, Emmanuel Macron a annoncé une augmentation du nombre de têtes nucléaires avant d’ajouter « Nous ne communiquerons plus sur les chiffres de notre arsenal nucléaire, contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé. » Une décision qui marque un tournant dans la dynamique française depuis la fin de la Guerre froide. Le président rassure cependant « il ne s’agit pas ici d’entrer dans une quelconque course aux armements. Cela n’a jamais été notre doctrine« . Afin de soutenir ce déploiement de moyens, un nouveau SNLE sera mis en service en 2036.
Vers une dissuasion nucléaire européenne ?
L’annonce principale de cette allocution reste le principe de « dissuasion avancée ». Toujours dans l’objectif d’assurer une indépendance européenne, ce principe ouvre la voie à des exercices communs sur la dissuasion et « pourra prévoir le déploiement de circonstances, d’éléments de force stratégique chez nos alliés ». Huit pays européens (Allemagne, Belgique, Danemark, Grèce, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni, Suède) ont pour le moment accepté de rejoindre la « dissuasion avancée ». Cette dernière repose sur trois principaux axes de travail énoncés par le président : l’alerte avancée (satellites et radars), la défense aérienne élargie (dispositifs antimissiles et antidrones) et les capacités de frappes en profondeur. Mais Emmanuel Macron l’assure, la France reste le maître à bord sur l’arsenal nucléaire, « la chaîne de commandement est d’une clarté totale et la décision ultime » de déclencher le feu nucléaire « revient au seul président de la République ».
« Le demi-siècle qui vient sera un âge d’armes nucléaires »
Une déclaration choc qui conclut le discours du président. Malgré un rappel sur la volonté à long terme de faire disparaitre l’arme nucléaire, Emmanuel Macron penche très clairement pour un réarmement et un renforcement du dispositif dissuasif français. La multiplication récente des menaces et l’incapacité de l’Europe de peser sur la scène internationale du fait de sa dépendance aux États-Unis en matière de défense apparaissent comme les principaux arguments du chef de l’État. Les analystes attendent néanmoins des annonces concrètes sur la mise en en place d’un tel dispositif de coopération européenne.
Clément Lesterlin
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